Thierry Weyd Lancer le diaporama : 6 photos

Attention fumigènes

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"A la montagne avec ma canne bavaroise"

Vous pouvez n’avoir vu qu’une facette de cet artiste : l’éditeur, l’organisateur d’événements, l’artiste (amateur), l’amateur de brocantes, l’enseignant, le conférencier, l’ambassadeur des royaumes d’Elgaland Vargaland… La liste est longue. Récemment il a été interviewé pour le projet Acoustic Cameras , mais aussi pour l’édition d’un petit ouvrage dédié aux Francs-péteurs ou encore pour l’organisation à l’ésam Caen/Cherbourg d’un salon de l’édition. Faire un portrait de ce curieux personnage relève donc du défi ou plutôt du puzzle : il faut recombiner toutes les pièces pour donner la mesure cohérente de ces trajectoires.

Le travail de diffusion et d’émission plus ou moins anonyme – à la manière d’une radio pirate – fait entièrement partie de la démarche artistique de Thierry Weyd. Par exemple, les éditions Cactus ont été créées en 1985 et sont devenues, vingt-cinq ans plus tard, la Manufacture des Cactées. Cette structure éditoriale abrite différents projets. En effet, il ne s’agit pas simplement d’éditer des ouvrages originaux et inclassables mais aussi de diffuser des projets collectifs aux objectifs variés.

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www.acousticcameras.org

Par exemple, le projet Acoustic Cameras est un site Internet co-édité par Optical Sound et la Manufacture des Cactées qui publie des artistes sonores et compositeurs. Ceux-ci sont invités à créer en écho à l’une des nombreuses webcams fonctionnant en temps réel et placées un peu partout dans le monde. Ce site s’augmente au fur et à mesure de nouvelles contributions, donnant à voir poétiquement le monde en mouvement.

La Manufacture des Cactées propose aussi avec les éditions Berline un dispositif appelé Le Conteneur. L’idée est de présenter, à la façon de la réunion Tupperware, des objets légers et faciles à diffuser : « Il s’agit d’une collection d’œuvres plastiques, graphiques, sonores et audiovisuelles de poches, aisément présentables dans la tradition ancienne du colportage ». Via la création de ce dispositif miniature, les ouvrages initialement édités par la Manufacture des cactées sont ainsi mis en valeur. Les (dé)monstrations se font chez des particuliers, des associations ou dans des lieux publics. Ce travail, qui emprunte à une méthode ancienne, le colportage, est complété par une documentation disponible sur le site Internet.

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Blason dessiné par Thierry Weyd, 2006

Mais Thierry Weyd, qui a décidément plus d’une corde à son arc, est aussi le très officiel Ambassadeur des Royaumes d’Elgaland Vargaland(KREV). Rôle qu’il remplit consciencieusement, là encore sous la forme du colportage ! Les Royaumes ont été créés en 1992 et sont constitués des frontières entre tous les territoires géographiques, virtuels et mentaux. Le site Internet (territoire informatique KREV) explique ainsi : « à chaque fois que vous voyagez quelque part, et à chaque fois que vous entrez dans une nouvelle forme ou état, comme la phase de sommeil, vous visitez Elgaland Vargaland ».

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"Conférence en forme d’ectoplasme mou" (détail), 2015

De nombreux projets artistiques naissent de là. La Manufacture des Cactées héberge en ce sens une collection intitulée Les échos de l’étale. Le court moment pendant lequel la mer est immobile entre deux marées a en effet été annexé par notre Ambassadeur français des Royaumes. Cette collection propose des œuvres sonores et musicales qui explorent les échos de l’étale. Le disque est physiquement investi comme territoire flottant et la forme sonore devient un espace tout aussi utopique qui pourrait bien être celui d’Elgaland Vargaland.

S’il explore parfois en duo (« Le théâtre des opérations » avec David Neaud, « L’orchestre improbable » avec Pauline Franceschi, et maintenant « L’institut bivouacs & cantonnements » avec Cécile Rogues), il est souvent seul sur scène. Ses conférences/performances illustrent d’incessantes recherches. À propos du traité sur les possibles d’un contact spectral par concentration sonore du champ électromagnétique est un bon exemple de sa posture assumée d’amateur. Cette conférence musicale a été déclinée dans différents contextes. Ayant découvert l’ouvrage d’un scientifique nommé Whoopee von Weyden et présenté comme un ancêtre, Thierry Weyd reconstitue des expériences sonores avec des effets volontairement brinquebalants. Le public pourra alors se trouver confronté à des spectres, des revenants, des « ectoplasmes mous ». Sur le ton de la mauvaise blague, il raconte et emmène le public à l’aide de jeux de mots, contrepèteries et de tours de magie plus ou moins ratés. Cela révèle son intérêt pour les pensées et outils désuets dont il ne cesse de montrer l’incroyable actualité en les réactivant dans d’improbables mises en scène.

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"Conférence en forme d’ectoplasme mou", 2015

Finalement, Thierry Weyd prend toujours en compte le contexte auquel il est confronté, bien que repartant de ses questionnements et procédés (amateurisme, mauvaise blague, sujets désuets, travail collectif, etc.). Depuis 2014, il s’investit dans un projet de recherche intitulé « Nature et renaturation. Un aperçu sensible de l’histoire des cours d’eau en mutation » avec Agnès Villette, Jana Winderen et moi-même.

Il se penche à cette occasion sur une usine à pansements dont le barrage a été démantelé, un projet-pilote de la politique de dépollution des cours d’eau. Le projet s’ancre en effet le long du fleuve Orne en Normandie, concerné par l’application d’une directive européenne sur la qualité de l’eau transposée en droit français. Cette fabrique a longtemps fonctionné grâce à l’électricité du fleuve et a une longue histoire puisqu’elle existe depuis 1860. Partant donc de cette usine construite le long de la rivière, dont les grands bâtiments témoignent de l’intense activité passée – notamment lors des Première et Seconde Guerres Mondiales – Thierry Weyd s’attarde sur l’idée de désuétude : « Ce type d’industrie […] a pour moi une résonance avec l’histoire des vocabulaires spécifiques, des jargons industriels ou artistiques abandonnés ou oubliés ».

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Portrait de l’artiste en scientifique par Agnès Villette

A cette occasion, il a travaillé avec Cécile Rogue (« L’institut bivouacs & cantonnements ») pour produire une image de la turbine abandonnée, redonnant vie à ce « monument » abandonné. La notion de désuétude, très importante dans son travail souvent low tech, est donc centrale. Ses œuvres semblent nous dire : « Méfiez-vous ! La désuétude, le passé, le fantôme ou l’ectoplasme mou (comme le caramel mou) contiennent toujours un futur potentiel ».

Site Internet de l’artiste

Article publié dans le cadre d’un partenariat entre l’association Portraitset le Laboratoire de l’art & de l’eau, unité de recherche de l’ésam Caen/Cherbourg.