La pierre et l’aimant

par Emilie Bouvard ; mars 2012

Il était une fois un château.
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Il était une fois la mer et des animaux marins, phoques, mouettes ?, au milieu de la campagne ponctuée de Limousines – des vaches, sans moteur, sinon celui de l’herbe grasse et humide des environs de Limoges. Il était aussi un tourniquet de miroirs renvoyant la mer à elle-même, tandis que des fenêtres anciennes au bois peint en blanc regardaient des coteaux vallonnant aux reliefs bocageux ; le tout à ce moment très spécial du soleil couchant où le vert de la nature glisse vers un violacé en se mélangeant au ciel. Un mince cylindre vertical, une pique ou lance ?, à cet étage maritime, tentait semble-t-il de poser un axe, de rappeler le nord, entre la campagne environnante et la mer prise dans les murs du château. Il était aussi un couloir dont les murs partiellement mal repeints faisaient voir, à deux mètres cinquante du sol, un niveau de peinture blanche comme après une inondation.JPEG
Il était aussi un chemin de pierres claires de Dordogne mesurant une grande salle aux murs blonds recouverts de fresques Renaissance, aux cernes noirs, aux couleurs chaudes et rougeoyantes, dans lesquelles de belles dames du temps jadis et leurs compagnons devisent et s’occupent à des loisirs oubliés. Il était une série d’étalons, de toises, très peu duchampiennes, matérielles, confrontant le métal au verre et au plâtre, fins cylindres de longueurs différentes alignés parallèlement, et posés sur des tables comme des outils attendant que l’on s’en serve ou les touche, d’un bout à l’autre d’un grenier – pour mesurer quoi ? Et au bout de ce grenier, il était une tapisserie vivante, animée par le film, s’embrassant elle-même infiniment, s’enroulant sur elle-même comme un vieux livre-rouleau, par le milieu, mais dans une embrassade guerrière faisant s’engloutir l’une dans l’autre deux armées de soldats en armure, harnachés et à cheval.

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Bref, de quoi être fabuleusement désorienté. Il est pourtant une boussole, un pendule, dans une tour circulaire et froide, au fond du château : une pierre blonde, australienne et légère, dont le poids suffit cependant à faire se tendre une corde du lointain haut de la charpente. Elle oscille en permanence et voltige au dessus d’un socle bas, cherchant elle aussi le nord, dans une aimantation à la fois mesurée et folle. Il est aussi des griffonnages de la taille d’un tableau, des journaux, des livres, illustrés de photographies, de schémas, de dessins peut-être anatomiques, des livres scientifiques, des traités philosophiques, mais que l’on ne peut approcher, ou bien sous vitrine, que l’on ne peut pas lire, et dont il est difficile de voir ce qu’ils montrent avec leur air de fac-similés. Il est des caisses, qui témoignent qu’il y a bien eu déplacement d’objet, et une mystérieuse plaque en fer apparemment vierge, nue, mais ancienne et cachant un horrible secret.

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Il était un conservateur qui s’en va vers d’autres soleils, deux commissaires, deux livrets, trois ou quatre artistes, un peintre, un préfet, une présidente et une vice-présidente du Conseil Général, un DRAC, une stagiaire, une critique, une conservatrice parisienne, un photographe, Raoul Haussmann, Richard Long, et une foule navigant d’une œuvre à l’autre. Il était de petits comic strips acides et discrets, dispersés d’un mur à l’autre et dans les escaliers, et qui semblaient se foutre ouvertement de cette même foule.

Bravo à Rochechouart pour ce dernier voyage !

Emilie Bouvard

Irmavep Club

Château de Rochechouart,
29 février au 10 juin 2012

Livret IV

Dove Allouche, Lonnie van Brummelen & Siebren de Haan, Mel O’Callaghan, Giovanni Giaretta, Volko Kamensky, Guillaume Leblon, Anthony McCall, Thomas Merret, Gustav Metzger, Bruno Persat, Gerald Petit, Michelangelo Pistoletto, Olve Sande, Ettore Spalletti, Bruno Serralongue, Clémence Torrès, Michel Verjux.

Livret V

Maurice Blaussyld

Site du Musée Rochechouart
Irmavepclub