De la lenteur avant toute chose… Finissage ! et soirée vidéos, samedi 16 novembre.

par Emilie Bouvard ; novembre 2013

samedi 16 novembre 2013, soirée de finissage
A partir de 17h, performance de Jérémie Bennequin qui gommera une page de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust.
18h00, soirée projection : films documentaires de Bruno Decharme, et vidéos de Nicolas Aiello, Rébecca Digne, Laurent Fiévet, Isabelle Frémin, Gabriel Desplanque, Estefanía Peñafiel Loaiza, Charlotte Seidel.

Venez nombreux !
Les vidéos que nous présentons ce soir viennent comme un point d’orgue à l’exposition De la lenteur avant toute chose… Elles viennent ouvrir le temps d’un processus créatif inscrit dans la durée, tel que nous avons voulu le présenter dans les œuvres exposées depuis septembre.

Le documentaire de Bruno Decharme sur l’artiste Zdenek Kosek nous fait passer du temps qui passe au temps qu’il fait – c’est en essayant de maîtriser le temps météorologique, cosmique, par le travail plastique, que Zdenek Kosek tente d’ordonner sa vie et le monde à la temporalité effervescente et incontrôlable.

Certaines des vidéos d’artiste représentent un processus créatif volontairement lent – c’est le cas d’Isabelle Frémin, dont le travail s’inscrit dans la recherche d’un décalage entre l’objet réalisé et le temps de sa réalisation. Dans ce cadre, la Minute 23 répond à la Tente trois mois en bois (2006), écho humoristique à une célèbre « Tente deux secondes ! ». Nicolas Aïello répond à la confrérie des « Gommeurs » rassemblée dans l’exposition en remontant le temps : avec Revealed de Kooning, il inverse le plus célèbre des gommages de l’histoire de l’art, effaçant le geste artistique de Rauschenberg, et révélant le dessin, petit à petit. Estefanía Peñafiel Loaiza vient le rejoindre dans cette entreprise en reprenant par l’empreinte Ecuador de Henri Michaux ; ici, c’est un texte qui est remis en jeu par l’action artistique. Si chez Nicolas Aïello, le dessin réapparaît tout seul, par la magie du montage vidéo, Estefanía Peñafiel Loaiza et Isabelle Frémin font apparaître la main de l’artiste. Finalement, c’est un bien un geste, une performance, inscrits dans la durée par la succession d’un ensemble d’actes que montrent ces trois vidéos.

Travelling (2013), de Charlotte Seidel, comme son titre l’indique, met en abyme l’acte même de filmer grâce à la temporalité. Voyageant dans une photographie ancienne, au plus près de l’image, elle mime un regard « à la loupe », une attention extrême portée à celle-ci, ou plus précisément à l’objet dans sa matérialité. Le temps du regard, le processus même, est le temps de l’œuvre et la modifie, la faisant par instant plonger dans l’abstraction. Produite pour l’exposition, Travelling, fut de plus une œuvre extrêmement longue et lente à réaliser, par sa nature même.

Enfin, du processus représenté au processus se confondant avec l’œuvre, on parvient à un ensemble de pièces interrogeant le médium film/ vidéo lui-même, et ce, par la lenteur. La sensation de « regarder un film », cette conscience de l’outil vidéo est avivée chez le spectateur par le ralentissement du rythme des images, au point que l’on goûte aussi étrangement la matérialité de ce support pourtant si évanescent. Gabriel Desplanque travaille également l’idée du travelling – ce n’est plus la caméra qui glisse d’un espace à l’autre, mais le monde qui défile dans un format horizontal faisant sentir le ruban filmique, matérialisation du temps qui passe. Rébecca Digne crée un film d’animation contemplatif, dont le titre, Datcha, renvoie vers un univers de conte, mais dont la seule poésie tient au grain de l’image et aux étranges éléments (arbres, datcha) rencontrés sur le chemin. Rébecca Digne parvient à nous donner la sensation que cet univers de fiction est non pas créé, mais filmé, que l’on voyage grâce à une caméra dans un monde qui existe déjà – une autre terre, celle de l’image animée. Chez Laurent Fiévet, le film, connu ou non, mais que l’on ressent comme ancien, « déjà passé », semble bégayer. Et de même que chaque hésitation dans la langue rappelle à tous le matériau langage, le ralenti fait plonger dans l’image. Cette sensation étrange est accentuée par l’épaisseur des souvenirs visuels qui viennent se surimposer à la scène dans une chaîne d’associations : la Dora Maar de la Femme qui pleure de Pablo Picasso (1937), la Belle et la Bête de Jean Cocteau (1945), et la pluie, la pluie qui coule dans les films comme les larmes coulent, comme les associations se succèdent avec fluidité, comme la bande magnétique file, et avec eux les souvenirs. On trouve ici un écho à ce qui est apparu lors de notre conférence : la sensation de lenteur, de durée, c’est peut-être bien plutôt celle de l’épaisseur du temps et de la mémoire, qu’il nous faut contempler.

L’ordre de présentation des vidéos permet de passer de l’une à l’autre alternativement de ces questions.
Emilie Bouvard, pour Portraits.
Bruno Decharme, Zdenek Kosek, documentaire, 13’.

Isabelle Frémin, La minute 23, vidéo, 16’.

Laurent Fiévet, Rain/ Pain, montage vidéo, 9’40’’. Existe également sous la forme d’une installation pour vidéoprojecteur avec écran de verre et pampilles de cristal.

Rébecca Digne, Datcha, film Super 8 transféré en numérique noir et blanc, silencieux, 1’12’’, 2007. Vidéo acquise par le Musée National d’Art Moderne en 2011.

Nicolas Aïello, Revealed De Kooning Drawing, dessin animé, 6’23’’, 2011.

Gabriel Desplanque, Les uniformes, vidéo HD, 10’, 2010

Charlotte Seidel, Travelling, vidéo, 16:9, couleur, muet, 12’46’’, 2013

Estefanía Peñafiel Loaiza, Cartographies, 1. la crise de la dimension, vidéo HD, 18’40’’, d’après Ecuador de Henri Michaux.

Trois ans après Autoportraits, c’est avec abcd art brut que Portraits monte sa deuxième exposition.

De la lenteur avant toute chose… rassemble 28 artistes « bruts » et « contemporains » autour de la lenteur des processus créatifs. C’est une exposition qui parle d’expérience de la durée, qui rassemble les oeuvres d’artistes, qui, visiblement, ont pris leur temps, et forgé patiemment d’autres rapports au monde, brouillant dans cette activité absorbante et plastique la distinction entre « art brut » et « art contemporain ».

Portraits a répondu ainsi avec enthousiasme à l’invitation d’abcd (art brut connaissance et diffusion) pour ce deuxième opus. Depuis 1999, sous la direction de Barbara Safarova, abcd regroupe chercheurs, collectionneurs ou amateurs passionnés autour de la collection d’art brut constituée par Bruno Decharme et la confronte à toutes les formes d’expressions artistiques et humaines.

Nous espérons vous voir nombreux !

avec ACM, Arnaud Aimé, Anaïs Albar, Clément Bagot, Koumei Bekki, Jérémie Bennequin, Arnaud Bergeret, Gaëlle Chotard, Mamadou Cissé, Florian Cochet, Samuel Coisne, Isabelle Ferreira, Sophie Gaucher, Hodinos, Rieko Koga, Kunizo Matsumoto, Dan Miller, Mari Minato, Edmund Monsiel, Hélène Moreau, Benoît Pype, Daniel Rodriguez Caballero, Chiyuki Sakagami, Ikuyo Sakamoto, Judith Scott, Claire Tabouret, Jeanne Tripier, Najah Zarbout

Commissariat : Marion Alluchon, Emilie Bouvard, Camille Paulhan, Sonia Recasens, Septembre Tiberghien pour Portraits, et Barbara Safarova pour abcd

espace abcd 12 rue Voltaire, 93000 Montreuil
ouvert samedi et dimanche de 14h à 19h, entrée libre
visites commentées à 16h
en dehors de ces planches horaires, sur rendez-vous
métro Robespierre (ligne 9)

contact : portraits.lagalerie@gmail.com
www.abcd-artbrut.net
www.portraits-lagalerie.fr