Rita Alaoui Lancer le diaporama : 12 photos

Once upon a time

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La forêt enchantée 1, 2009, installation

« Je cherche à transformer toutes nos peurs, nos angoisses, en quelque chose qui donne le pouvoir à l’imaginaire de les transformer positivement »

Rita Alaoui prélève dans son quotidien et dans son environnement des fragments de la nature et de la vie ordinaire, collecte des objets et des souvenirs, qu’elle assemble, réorganise non sans leur insuffler un soupçon de féerie. Grâce à des parents collectionneurs, Rita Alaoui, née en 1972 à Rabat, grandit entourée de livres d’art et d’œuvres. Si bien qu’elle commence à peindre dès l’âge de 15 ans, s’exerçant à copier les expressionnistes, tout en se passionnant pour la philosophie de l’art.

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L’Arbre urbain Paris, 2012

En 1992, elle étudie à la célèbre Académie Julian de Paris avant d’intégrer la Parsons School of Design de New York, dont elle reçoit un BFA en peinture en 1996. Peintre de formation, l’artiste marocaine développe depuis quelques années une œuvre protéiforme, travaillant le dessin, la sculpture, l’installation ou encore la performance. La peinture constitue cependant son médium de prédilection. L’exploration de ces différents médias, est une façon pour l’artiste de trouver le médium le plus adapté à ce qu’elle souhaite exprimer tout en créant différents niveaux de lecture et multipliant les narrations.

l’arbre totémique

Son observation fine de la nature et son affection toute particulière pour l’environnement, nourrissent son langage plastique. La figure de l’arbre y est récurrente, déclinée sous forme archétypale et épurée. Pensé, travaillé, interrogé comme le « trait d’union entre le visible et l’invisible, le ciel et la terre », l’arbre fonctionne comme le leitmotiv harmonieux de son investigation plastique. À travers ses peintures et installations, l’artiste invite le spectateur à réfléchir aux relations qu’entretient l’homme avec son environnement. Sans alarmisme ni pessimisme, elle nous invite dans sa forêt enchantée, à marquer une pause, contempler et renouer avec la beauté et la magie de la nature. Elle aime à confronter l’arbre, symbole de la vie et de la connaissance, à notre paysage urbain et industriel, comme dans la série de L’Arbre urbain (2012).

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In the Forest, 2012, photographie

La figure tutélaire voire totémique de l’arbre de Rita Alaoui s’incarne dans le réel pour la première fois en 2009 avec l’installation La Forêt enchantée 1, présentée au Printemps des Abattoirs. À cette occasion, elle plante une forêt en trois dimensions dans les vestiges d’un bâtiment industriel, en fixant à la structure du lieu, l’arbre archétypal découpé dans du papier blanc. Cette forêt légère et aérienne, dont les feuilles évidées dans la matière, tapissent le sol, laissant filtrer la lumière, suspend le temps dans ce temple de la productivité. La fragilité du support renvoie à la fois à la fragilité de l’arbre, victime de l’industrialisation, mais aussi au déclin de cette dernière, tombée en désuétude. La forêt de papier de Rita Alaoui, baignée de lumière dans cette friche abandonnée, résonne comme une invitation à méditer ces mots de Victor Hugo : « Un arbre est un édifice, une forêt est une cité (…). Ce que les siècles ont construit, les hommes ne doivent pas le détruire » (La Légende des siècles, 1859).

forêt enchantée

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Once upon a time 3, 2012, peinture

Dans la série de peintures intitulée Once Upon a Time (2012), l’artiste met en forme des paysages mentaux fantasmagoriques, des forêts peuplées de couronnes, symboles de la puissance des hommes, de cornes tour à tour protectrices et agressives, et d’ailes, comme une invitation à s’élever. Dans les contes, la forêt est un lieu refuge, empreint de mystère où se nichent les mythes, l’inconnu. Avec ces toiles, Rita Alaoui, nous incite à retrouver cette part d’émerveillement et d’enchantement propre à l’innocence de l’enfant qui sommeille en chacun de nous. Passé au filtre de la subjectivité et de l’imaginaire, ces paysages intérieurs auxquels donnent forme l’artiste marocaine, nous convient à une ballade contemplative et onirique dans une forêt enchantée. Cette dernière s’incarne dans le réel dans In the Forest 1 (2012).
Il s’agit d’une série de photographies noir et blanc documentant une action réalisée in situ, où l’artiste habille les arbres des formes archétypales de son vocabulaire plastique, à savoir des couronnes, cornes et ailes en papier, pour insuffler poésie et féerie au réel. Dans In the Forest 2 (2012), elle associe photographie et peinture, en intervenant directement sur les photographies à l’aide d’un pinceau, créant ainsi un paysage mi-mental, mi-réel. Elle décline ce même procédé dans La Terre a des yeux (2012) ainsi que dans les récentes séries Hasard (2014) et Inconnus (2014).

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La Terre a des yeux 3, 2012, photographie et acrylique

Grâce à ses interventions picturales, elle s’approprie ces images en impulsant une narration, un récit, que le spectateur est invité à enrichir en projetant son propre imaginaire. Par ce simple geste, Rita Alaoui, perturbe la photographie dans son statut de preuve intangible du « ça a été » pour lui opposer un « il était une fois… ».

fragments de nature, fragments de vie

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Objets trouvés, 2014, installation

Au gré de ses pérégrinations, l’artiste collecte des objets devenus obsolètes, vestiges d’une vie passée, traces d’une mémoire (os d’oiseau, algues, bois flottés, corail, coquillage…), qu’elle intègre à son cabinet de curiosité. On retrouve ici une fascination pour le temps qui passe et la dégradation de la matière, qu’elle partage avec son compatriote, El Khalil El Gherib. Mais, là où ce dernier encourage la décomposition de la matière, sa transformation, Rita Alaoui conserve l’objet tel qu’il est, n’intervenant que pour révéler la pureté, la finesse et la fragilité de ses formes, à travers des dessins, sculptures ou installations. Alliant, comme à son habitude, différentes formes d’expressions, ses œuvres se déploient dans le champ de l’expérimentation et de la métamorphose tel qu’en témoigne sa série de dessins Objets trouvés (2014). Sur du papier noir et à l’aide d’acrylique blanc, elle décline les contours de ce qui semble être la projection mentale de ces objets, parcouru tant de fois du regard. La mise en scène opérée dans l’installation Objets trouvés (2014) crée une sensible dynamique de dialogue et d’échange entre chacun des objets, mais aussi entre les objets et le spectateur.

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Objets trouvés, série de dessin, 2014

Ainsi animés, ces fragments de la vie quotidienne, deviennent par mise en scène et assemblage, les témoins d’un souvenir, d’une histoire, d’un rêve.

journal intime

Ce procédé de collecte et d’assemblage est au cœur de la vidéo performance intitulée La Madeleine de Proust (2013). Tandis que la voix de l’artiste résonne pour réciter le célèbre passage de la madeleine extrait du Côté de chez Swann, (premier tome de À la Recherche du temps perdu, de Marcel Proust), les mains de l’artiste disposent des objets et des photographies sur une nappe blanche, les mettant en scène, comme pour réactiver un souvenir, faire ressurgir une sensation. Dans une sensible réflexion sur le fil fragile du souvenir – peut-être incarné par la bobine de fil rouge – Rita Alaoui, assemble soigneusement les morceaux épars d’une mémoire diffuse et fragmentée, tel un puzzle. Collectant et cristallisant les traces du temps et des souvenirs, elle invoque ces objets comme des auxiliaires magiques, vecteurs d’une cartographie mentale.

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La Madeline de Proust, 2013, vidéo performance

Ces objets fétiches et photographies piochés dans des albums de famille, sont de nouveau invoqués dans son livre d’artiste Fragments de vie quotidienne (2013), véritable puzzle de souvenirs et de rêves. À partir de ces fragments, elle compose une partition de mots, de photographies et dessins, donnant lieu à des chorégraphies de récits possibles. Grâce à cette pratique méditative de collecte, d’écriture et d’assemblage, elle étire le fil du temps, propice au vagabondage de ses pensées et rêveries, ainsi couchées sur les pages de ce livre d’artiste. À travers cette sensible et poétique réécriture de l’album de famille, l’artiste interroge l’histoire de la photographie et son exigence à fixer le temps, comme une preuve indélébile du « ça a été ». Elle tente d’en percer les mystères, en l’inventant et l’imaginant. Dans la lignée d’Annette Messager, Rita Alaoui entrecroise les fils de l’intime et de l’universel, du réel et de l’imaginaire, du public et du privé, du rêve et de l’inconscient. Elle affirme l’art comme vie quotidienne et inversement la vie quotidienne, la biographie comme art.

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Inconnus, 2014, photographie et acrylique

autoportrait fictionnel

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Autoportrait à la fenêtre, 2013, photographie

Pour conclure je m’arrêterai sur deux photographies, deux autoportraits de l’artiste. L’Autoportrait à la fenêtre (2013) me semble tout à fait incarner l’exploration picturale de Rita Alaoui. Plongée dans une contemplation méditative, l’artiste regarde par la fenêtre. Alberti disait de la peinture, ou plus précisément de la toile, qu’elle était « une fenêtre ouverte sur le monde ». Philosophie appliquée par Rita Alaloui dans son investigation artistique nourrie de son observation de la nature, du paysage et du quotidien. À travers ses toiles l’artiste marocaine nous ouvre les yeux sur la précarité de notre monde, de notre environnement meurtri. Cependant, ses expéditions plastiques se font sans pessimisme. Au contraire, elle s’adresse à notre part d’enfance en soufflant sur ses créations un vent de merveilleux et de magie comme en témoigne son Autoportrait aux ailes (2013).

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Autoportrait aux ailes, 2013, photographie et tissu

Il s’agit d’une photographie de l’artiste enfant sur laquelle elle est intervenue en ajoutant des ailes en tissu, lui donnant ainsi des airs de fée. Dans le processus créatif de Rita Alaoui, la photographie fonctionne comme une fenêtre ouverte sur l’intimité et l’imaginaire. L’artiste semble nous dire qu’il ne tient qu’à nous d’insuffler de la poésie au quotidien.

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